Ce n'est que dans l'aventure que certains parviennent à se connaître eux-mêmes.

André Gide

Vous serez peut-être surpris d'apprendre que je ne suis pas un téléspectateur régulier de l'émission Love Island. Cela dit, j'ai un secret coupable concernant la série 2006 de Celebrity Love Island, que je mets sur le compte d'un manque de sommeil suite à la naissance de notre deuxième enfant. L'édition actuelle de l'émission a obtenu des chiffres d'audience exceptionnels ; quelque 4,2 millions de personnes regardent régulièrement les frasques des candidats. Il s'agit simplement de la dernière version d'un concept bien rodé : réunir un groupe de personnes, les priver de leur normalité et voir ce qu'elles font. Jusqu'à présent, c'est le cas de Lord of the Flies. J'aime à penser que j'ai regardé toutes ces années avec un profond sens de l'ironie, mais je ne suis pas sûr que nos jeunes aient une telle opportunité. Les jeunes qui grandissent aujourd'hui n'ont guère d'autre choix que d'être bombardés d'un barrage quasi permanent d'images de perfection et de réussite qu'ils sont mis au défi d'égaler. Des vies très soignées et des apparences chimiquement améliorées semblent être la norme et qui blâmerait nos jeunes s'ils étaient amenés à croire que cette image est celle qu'il faut admirer. Il est parfois difficile de faire la part des choses.

Au cours des quinze derniers jours, nous pourrions être accusés d'avoir fait à peu près la même chose que les producteurs de télévision à la recherche de l'audimat. Les élèves des classes 6 à 9 ont été emmenés dans un environnement inconnu, on leur a lancé une série de défis souvent exigeants et on attend d'eux qu'ils s'entendent entre eux alors qu'ils sont fatigués, mouillés et peut-être un peu mal à l'aise. J'ai eu le grand privilège de voir les élèves de la 7e à la 9e année dans les Alpes cette semaine. J'ai vu la voile et la construction de radeaux et j'essaie encore de me remettre des nombreux plongeons dans une rivière glaciaire par les mains de la 9e année. Nos expéditions ont connu la semaine la plus humide de leur histoire et je dois saluer l'incroyable travail réalisé par l'équipe d'instructeurs d'Alp Base, qui a trouvé des moyens encore plus inventifs de stimuler et d'inspirer les participants pendant que la pluie tombait. La belette ? Apparemment, c'est bon sous la pluie... demandez à un élève de 8e ou de 9e année et il vous renseignera. Un grand merci également aux membres du personnel qui ont pris le temps de s'absenter de chez eux pour accompagner ces voyages ; sans eux, cette opportunité extraordinaire n'aurait tout simplement pas eu lieu.

Il y a une grande différence entre ce qui s'est passé dans le parc national des Écrins et ce qui s'est passé sur "l'île". Il y a eu un manque flagrant de prétention et beaucoup d'engagement. Par-dessus tout, nos élèves ont fait preuve d'une grande sensibilité à l'égard des autres : j'ai vu un mot tranquille quand quelqu'un était un peu nerveux, le partage d'un panier-repas quand quelqu'un avait encore faim et le prêt d'un équipement quand quelqu'un grelottait. La vie en communauté n'est pas facile dans le meilleur des cas et c'est encore plus difficile lorsque toutes les affaires sont mouillées. Cette gentillesse, cette volonté de reconnaître les besoins des autres est peut-être la leçon la plus précieuse que l'on retiendra de cette semaine passée à l'étranger. Vous avez montré qu'il y a vraiment plus dans la vie que la célébrité vide et le narcissisme rampant. Même si vous ne posez plus jamais le pied sur une via ferrata, vous l'avez fait et j'espère que vous vous souviendrez de la valeur du travail en commun.

Nicholas Hammond

Directeur de l'école

www.britishschool.fr